Outils informatiques pour les historien-ne-s: blogs et réseaux sociaux

À l’invitation de Franziska Heimburger et d’Émilien Ruiz, je suis intervenu, en compagnie de Benoît Kermoal et Martine Sonnet, à l’EHESS, lors d’un séminaire sur les outils informatiques et les historiens.

Résumé de mon intervention

J’ai d’abord opéré un rapide tour d’horizon de mes activités sur le web en matière de blogs et réseaux sociaux. Je me suis attardé ensuite sur deux blogs/carnets de recherche: le blog zotero francophone et mon site personnel (que vous êtes en train de lire). Ces deux sites, qui utilisent tous deux WordPress (logiciel de référence pour les blogs), montrent deux types très différents d’utilisation des blogs.

Le blog zotero francophone a été créé par Marin Dacos en septembre 2009. Son but est

En conséquence, ce blog suit l’actualité de zotero, recueille des demandes d’aide – souvent difficiles à satisfaire – mais qui permettent de comprendre les barrières à son utilisation (d’où le lancement de CSL francophone, sur une idée de Franziska).

Il compte au 24 octobre 2011 42 billets, 235 commentaires approuvés, et environ 1800 visiteurs par mois, avec certains pics à 2400 visiteurs. Ces statistiques donnent une petite idée de la communauté des utilisateurs francophones de zotero.

Mon site personnel était à l’origine conçu comme une « carte de visite »: un contenu centré sur mes publications et mon CV, avec quelques billets pour des travaux non publiés. Je l’ai également utilisé pour apprendre l’utilisation de WordPress: se servir des « widgets », fonction utile pour faire du « mashup » – c’est-à-dire combiner des contenus extérieurs avec mes propres publications, bien sûr en citant dûment les sources – et pour s’amuser à faire un peu du « webdesgin ».

Depuis peu – vous pouvez lire les trois billets qui précèdent – j’essaye de ré-orienter ce site avec l’ébauche d’une ligne rédactionnelle autour des historien-nes et des outils informatiques. Il ne s’agit pas – quoique ceci soit contredit par mon billet précédent – de parler de l’informatique au jour-le-jour, mais de parler plutôt des rapports entre histoire et code et historiens et informaticiens.

Je tente enfin d’utiliser de manière approfondie des éléments facilitant l’utilisation d’un blog dans le cadre d’une recherche. En utilisant Zotpress, un plug-in qui me permet de récupérer mes références bibliographiques stockées sur le serveur de zotero, WP-Footnotes qui rend l’utilisation de notes de bas de page très aisée. Et j’envisage d’utiliser CommentPress, qui encouragerait une lecture plus active, avec la possibilité pour les lecteurs d’annoter mes billets. Il s’agit ici de convaincre qu’un blog permet une écriture et une lecture créatives, tout en respectant la méthodologie historienne de l’écriture.

Cette tentative – tentative car tenir un blog n’est pas chose aisée et demande un travail important – de ré-orientation de mon blog doit me servir à creuser des réflexions. Je tiens à utiliser ce blog comme une série de fiches-idées ouverte à une lecture active, féconde. Ceci comporte un risque: on n’est jamais à l’abri d’un mauvais billet, de fautes d’orthographe, d’une publication trop hâtive. J’essaye toujours d’écrire un billet lorsque j’en ai l’idée, puis de le laisser de côté un ou deux jours  - voire plus – et d’y revenir pour le corriger. Maintenir un niveau qualitatif suffisant est difficile.

Cette tentative de réorienter le contenu de mon blog me sert aussi pour un autre point: maîtriser l’outil – ici WordPress – savoir comment il marche. Maîtriser l’outil informatique est chose très sérieuse et doit être pris en compte dans notre méthodologie d’historien.

Ces deux démarches – le blog zotero francophone et mon site personnel – sont très différentes. Toutefois, elles ont quelques points communs: la plateforme (wordpress), la notion de « mashup », la volonté de partager des idées, des hypothèses. Il s’agit dans les deux cas de clarifier une démarche scientifique: soit par la maîtrise d’un outil (zotero); soit par une mise à jour constante des hypothèses de recherche.

Le reste de mon intervention a été consacré à mon utilisation des réseaux sociaux. J’en ai repris le contenu de l’article écrit pour la Boîte à outils des historiens, que je vous invite à lire.

Discussion

Contrairement à Benoît Kermoal et Martine Sonnet, je n’ai pas pris de notes au cours de leurs interventions. Le mieux est d’aller voir leurs carnets de recherche: Enklask et  Femmes au travail, questions de genre. Ce sont encore deux autres utilisations de blog: Benoît accompagne l’élaboration de sa thèse par l’écriture de son blog. Il voit ses billets comme des brouillons, dont certains iront dans sa thèse et pas d’autres. Martine Sonnet utilise son carnet de recherche pour compléter et enrichir un séminaire. Ce fut le premier constat de notre discussion: les usages des blogs en histoire sont très variés, et c’est tant mieux.

Le second constat qui a été fait – notamment par Martine Sonnet – est que l’année 2010/2011 marque un tournant: les historiens commencent à utiliser Hypothèses.org (la plateforme de carnets de recherche du CLEO) et les réseaux sociaux, notamment twitter – mais les personnes présentes ne semblaient pas être de grands fans de Facebook. Pour preuve: l’excellent compte-rendu « live-twitté » de cette session par Delphine Regnard (@drmlj) et résumé ici. Nous nous sommes interrogés sur les raisons de ce tournant. Pour ma part, je pense – même si je ne l’utilise pas pour ce site personnel, car je préfère dans ce cas précis avoir mon propre serveur – que la mise en route de la plateforme Hypothèse a joué un rôle très important, mais, surtout, qu’elle a répondu à un besoin que le CLEO a su heureusement cerner.

Vous ne pourrez lire mes tweets sur ce séminaire – sauf si vous y êtes autorisés. Voici un thème que nous avons très (trop?) rapidement évoqué. Mes tweets sont « vérouillés » et ne peuvent être vus que par des personnes qui ont demandé (et obtenu) une autorisation que je leur accorde (ou non). Comment, sur les réseaux sociaux, séparer le privé du professionnel – voire séparer plusieurs aspects de sa vie professionnelle? On peut avoir plusieurs comptes, utiliser plusieurs réseaux sociaux distincts… Chacun a sa pratique.

Nous avons également abordé la question du plagiat. De mon point de vue, le web accroît la facilité du plagiat, mais rend sa chasse incroyablement plus rapide. Martine Sonnet – alors que Benoît Kermoal faisait part d’une expérience plus mitigée – a rappelé la nécessité de protester contre tout cas manifeste de plagiat.

Dernier point qui me semble important: l’utilisation des réseaux sociaux permet de sortir des réseaux scientifiques classiques, de prendre contact avec des historiens d’écoles différentes de la sienne, de traverser les frontières disciplinaires plus facilement.

Nous avons parlé devant une salle très attentive, très intéressée. Nous nous sommes adressés – grâce aux tweets de plusieurs personnes – à un public non présent dans la salle, informé de nos propos via Twitter. Une autre pratique très intéressante des réseaux sociaux. Une forme d’ubiquité de cette manifestation scientifique.

(Si ce compte-rendu n’est pas exhaustif, je crois qu’il donne une petite idée de ce dont nous avons discuté. Je n’hésiterai pas à le modifier pour le compléter.)


  1. sderrot | Pearltrees - pingback on 09/01/2012 at 07:52
  2. historiens 2.0. by spoutnik - Pearltrees - pingback on 09/01/2012 at 07:52

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