Pratique de la lecture sur support informatique

La lecture est essentielle au chercheur. Nous lisons les articles et livres de ceux qui nous ont précédé, de ceux avec qui nous débattons. Nous publions pour être lus. Normalement.

Le travail quotidien de l’historien s’organise en grande partie autour de cet impératif de lecture. Nous avons appris – nous, les chercheurs non-digital natives, n’est-ce pas – à manipuler la fiche bristol. Une fiche par livre. Une fiche par idée. Des mots-clés pour les classer et les retrouver.

Dans le cadre d’une recherche de plus en plus marquée par les avancées de l’informatique, le remplacement de la fiche cartonnée devrait être simple. Mais non. Ce n’est pas simple, car la multitude des plateformes (mac, Windows, Linux), des types de logiciels (base de données, tableur, traitement de textes, logiciel ad-hoc…), des logiciels (une fois que l’on a choisi un type) et désormais du type d’ordinateur (ordinateur de bureau, ordinateur portable, tablette, voire téléphone portable), complique les choix et, surtout, rend toute solution imparfaite. Il s’agit alors de trouver un processus de travail satisfaisant.

Pour bien organiser sa lecture, il faut d’abord faire le bilan de ses propres pratiques. Pour ma part, j’utilise une pluralité de supports informatiques – ordinateur de bureau, ordinateur portable, tablette, téléphone portable – qui, à un degré ou à un autre, peuvent me servir à lire. Je privilégie aujourd’hui plutôt la tablette, adaptée à la lecture sur écran [1]. En conséquence, je privilégie des logiciels et format fonctionnant sur plusieurs plateformes, lisibles sur plusieurs types de terminaux. Cela signifie notamment que, pour un article ou livre au format numérique, je préfère le format PDF, qui est (presque) universel.

Utiliser des logiciels développés pour les chercheurs, qui sont de plus en plus courants, me paraît également pertinent. Toutefois, outre les aspects ergonomiques et les fonctionnalités générales du programme, je regarde également deux choses particulières: la possibilité d’abandonner le programme si son évolution ne me satisfait pas (ou si je change d’avis) d’une part; la possibilité, bien sûr, d’utiliser ce programme sur l’ensemble de mes terminaux. Parce qu’il est libre et développé par des historiens, je privilégie zoteroce qui n’est guère étonnant. Je l’associe à un lecteur PDF permettant l’annotation de mes fichiers que, grâce aux extensions zotfile et zotfile reader, je peux synchroniser mes données entre mon ordinateur principal et mon compte DropBox (donc avec tous mes autres terminaux) [2].

J’ai mis longtemps à trouver ce système. Pendant ma thèse j’ai essayé divers logiciels de bases de données. Mais à l’époque, j’ai eu le malheur de choisir des systèmes fermés. J’ai refusé Endnote, trop cher, pas assez SHS. Alors j’ai basculé toutes mes notes de lecture sous Word. Ce fut très lourd à gérer, mais finalement plus satisfaisant, de mon point de vue de l’époque. Pourquoi faire ainsi? Parce que, finalement, la fonction « recherche » de Word ne me semblait pas trop mauvaise.

Le problème est qu’aujourd’hui, quand je veux réutiliser mes notes des années 1999-2006, je me heurte aux inconvénients de cette solution. Les recherches sur les contenus des fichiers ne sont pas très performantes… et j’ai du mal à retrouver certaines informations. Surtout, tout stocker dans des fichiers Word immenses et utiliser la fonction « rechercher » ne facilite pas la sérendipité. On oublie ce que l’on a trouvé dans les archives. Pas tout, mais en partie – c’est précisément pour cela que l’on prend des notes de nos lectures. Or, utiliser la fonction « rechercher » dans un fichier énormissime implique que l’on se souvienne du contenu des archives lues plusieurs années auparavant. Donc, on réduit la possibilité de retrouver par hasard ou chance (la sérendipité, donc) des notes dont le contenu nous était sorti de la tête.

Aujourd’hui, la solution Zotero/Lecteur PDF/synchronisation sur serveur distant articulée autour d’un ordinateur et d’une tablette me permet une lecture réellement active: annoter directement dans le fichier, lier au fichier des notes externes, relier des notes et des références bibliographiques ensemble, réutiliser ces notes et références bibliographiques dans mes écrits.

Tout ceci demande une première discipline, notamment parce qu’il faut apprendre à maîtriser ces outils. Et l’informatique réserve parfois de mauvais tours. Mais je pense pouvoir dire aujourd’hui que je suis plus efficace qu’il y a cinq ans.


  1. bien sûr, il m’arrive encore de lire des livres et articles imprimés []
  2. DropBox est un service web qui vous permet de synchroniser des fichiers avec un espace de stockage « dans les nuages », c’est-à-dire sur un serveur distant. Il existe de nombreux autres services similaires qui sont utilisables, comme box.net par exemple. []

Laisser un commentaire