Visualiser, c’est questionner les sources

Il y eut un premier échange, entre Jean Véronis et moi, sur twitter, à propos de nuages de mots-clés constitués à partir des motions de l’UMP (faute de grammaire incluse, honte à moi):

Ensuite, un cours Digital Humanities à l’Université du Luxembourg. L’un des buts que je fixe à mes étudiants est de faire une critique d’un site web. Je leur donne une grille, inspirée notamment par Serge Noiret [1]. Cette liste est pour moi un minimum. Pour questionner un site web, se demander ce qu’il peut apporter à un chercheur, il existe des outils – qui peuvent d’ailleurs être appliqués à d’autres supports que le web – pour faire ressortir des schémas de pensée, des questions que l’on n’aurait pas vues autrement, c’est-à-dire par une simple lecture humaine, non aidée d’une lecture computationnelle.

Ils me demandent un exemple. En bon spécialiste des banques centrales, j’entre « Union économique et monétaire » dans google. Et obtiens ces résultats. Je clique successivement sur deux liens: le premier décrit l’histoire de l’Union économique et monétaire sur le site de la banque centrale européenne. Le second raconte la version française de la même histoire, sur le site de la représentation permanente de Paris à Bruxelles.

Pour montrer comment « aller plus loin » dans leur analyse d’un site web, je rentre les adresses des deux sites, successivement, dans Voyant Tools l’outil de visualisation des textes développé par Stéfan Sinclair (McGill) et Geoffrey Rockwell (University of Alberta).

La visualisation de la page de la BCE



La visualisation de la page de la représentation française



Ces deux visualisations nous poussent à nous interroger sur la manière dont une institution européenne, la BCE, d’un côté et la France, de l’autre, comprennent et conceptualisent l’Union économique et monétaire. En d’autres termes, elles nous aident à questionner nos sources, ce qu’elles contiennent, à y voir des schémas de pensée que l’on aurait pas vu autrement.

Or, si on les regarde, les mots-clés qui ressortent sont de natures très différentes. La BCE est technique et factuelle, parlant des « phases » (les trois phases pour accomplir l’union monétaire) et de l’institut monétaire européen (IME – l’institut qui a construit la banque centrale européenne), le terme « monétaire » est plus présent. Du côté français, peu de termes techniques, beaucoup de politique et d’économique (de croissance), une insistance très claire sur le rôle des États membres. En clair, une vision technique et très monétaire de l’Union s’oppose à une vision plus politique et très inter-étatique.

Une opposition qui fait écho aux débats européens d’aujourd’hui.


  1. Philippe Rygiel, et Serge Noiret. Les historiens, leurs revues et Internet : France, Espagne, Italie. Publibook. Paris, 2005. Print. []

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