De l’intérêt de savoir lire une URL

http

Il y a quelques temps, j’étais ATER dans un Institut d’études politiques. J’étais chargé notamment de “conférences de méthodes” (un  gros mot pour dire TD) d’histoire générale de l’entre-deux-guerres.

Lors d’une séance, j’évoque le protocole Hossbach. Le protocole Hossbach évoque une réunion du 5 novembre 1937 à la chancellerie du Reich. Elle réunit les chefs des différentes armes (Raeder, Göring et von Fritsch), ainsi que le ministre de la Guerre, von Blomberg, et le ministre des Affaires étrangères, von Neurath. À l’origine, il s’agit – alors que Göring est à la tête du Plan de 4 ans – de trouver un compromis pour la répartition des matières premières entre les différentes armes. Un aide de camp d’Hitler qui a assisté à la réunion, Hossbach, rédige une note (le protocole en question) quelques jours après.

Ce document est fondamental à plusieurs titres. Hitler, lors de cette réunion, détaille son plan pour les mois qui viennent: la Tchécoslovaquie, l’Autriche et, à terme, la guerre. (L’ordre fut finalement inversé, entre Tchécoslovaquie et Autriche). À la suite de cette réunion, les conservateurs ayant eu ou ayant encore un poids au sein du IIIe Reich sont écartés: Schacht, ministre de l’Économie, sur la touche depuis quelques temps (il perd le ministère de l’Économie, mais pas encore la présidence de la Reichsbank), Blomberg, Fritsch et Neurath aux mois de janvier et février, notamment. En outre, à Nuremberg en 1945 et 1946, il fonde l’accusation de complot contre la paix.

Comme beaucoup de documents d’archives du IIIe Reich, le protocole Hossbach a sa propre histoire. Une Guerre mondiale ne favorise pas la pérennisation des archives.

Le protocole Hossbach est donc une victime idéale pour les négationnistes.

Pendant cette séance de TD, une étudiante (trotskiste) met en cause mes propos sur le protocole. Je lui demande immédiatement sa source – elle ne peut la citer. Elle a atteint son but: elle me met dans l’embarras et ça se voit. Mais je ne suis pas embarrassé par ses propos. Je le suis, car je ne veux pas la faire passer pour une néo-nazie. Je connais par cœur les sites négationnistes, ayant travaillé sur un ministre de l’Économie et président de la Reichsbank du IIIe Reich, Hjalmar Schacht.

Nous réglons l’affaire par e-mail: elle finit par m’envoyer sa source, un site négationniste. Lors de la séance suivante, j’en profite pour faire de la pédagogie: analyser et vérifier ses sources – numériques ou non – sont des réflexes fondamentaux.

Si elle avait simplement regardé l’URL (non, vous ne l’aurez pas – cherchez sur google, le site existe toujours), elle aurait eu quelques doutes. En cherchant la page d’accueil du site (avec une image de chevalier teutonique), elle aurait immédiatement compris la nature de l’article.

Savoir lire une URL pour y trouver une information (si elle est humainement lisible) ou pour trouver la page d’accueil est simplement fondamental.

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Digital natives ou Facebook natives?

Dans le mois qui vient de s’écouler, je suis intervenu deux fois sur les blogs et réseaux sociaux et sur leur utilité pour l’historien et, notamment, pour l’écriture de l’histoire. J’en ai parlé dans mon précédent billet.

Ma seconde intervention a été plus mitigée. En fait, très peu satisfaisante. Je suis ressorti mécontent. Mécontent de moi, car je crois avoir raté mon cours, tout simplement. Il y a quelque chose que je n’ai pas su transmettre. Dans la vie d’un enseignant, cela arrive – enfin je l’espère. Si je dois renouveler cette intervention, elle devra être radicalement modifiée. Je ne suis manifestement pas encore au point sur le sujet: j’ai les connaissances, j’ai la problématique, je n’ai pas trouvé le moyen de les transmettre.

Mais également mécontent d’un constat. J’avais devant moi des étudiants doutant de l’utilité d’un blog/carnet de recherche. Ils estimaient qu’un blog en histoire ne pouvait être intéressant que s’il était écrit par une “pointure”, un historien connu. Lorsque je lis Benoît Kermoal - qui m’excusera de ne pas le considérer comme une “pointure” - je sais à quel point ils ont tort.

Ce qui m’a effrayé – outre l’absence complète de connaissances sur l’histoire du web mais c’est à moi de le leur enseigner, après tout – c’est leur usage sans distanciation de l’outil informatique, sans réflexion et leur comportement a priori passif vis-à-vis, notamment, de Facebook.

J’ai déjà exprimé auparavant ce que je pensais des relations entre code et histoire. Nous sommes ici un peu dans le même registre.

Program or Be programmed [1]

Le web est une part centrale de notre vie. Les étudiants à qui nous enseignons aujourd’hui sont (quasiment) des digital natives - c’est-à-dire qu’ils sont (presque) nés avec le numérique et sont censés être à l’aise avec les outils numériques [2].

Mais en fait, dans la plupart des cas, ils sont à l’aise avec Facebook et ne mènent que peu de réflexion sur leurs usages d’un site qui les voit comme des produits à vendre. Pourtant, lorsque nous leur expliquons comment utiliser un blog pour écrire l’histoire, nous leur proposons bien plus. Nous leur proposons de reprendre le pouvoir sur leur vie numérique, en faisant appel à une écriture numérique non-linéaire et hypertextuelle, au remix [3], en créant des sites web en fonction de leurs propres besoins.

Mais – et c’est peut-être ce que j’ai raté dans cet enseignement – ces digital natives sont en premier lieu des facebook natives  qui n’ont pas encore pris conscience qu’ils sont considérés par ce réseau social comme des produits de consommation courante.

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  1. Rushkoff, D. (2010). Program or be programmed : ten commands for a digital age. New York: OR Books.
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  2. Je ne prétends pas prendre part dans le débat sur les digital natives - n’ayant aucune réponse à y apporter. []
  3. Lessig, L. (2008). Remix : making art and commerce thrive in the hybrid economy. New York: Penguin Press.
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Outils informatiques pour les historien-ne-s: blogs et réseaux sociaux

À l’invitation de Franziska Heimburger et d’Émilien Ruiz, je suis intervenu, en compagnie de Benoît Kermoal et Martine Sonnet, à l’EHESS, lors d’un séminaire sur les outils informatiques et les historiens.

Résumé de mon intervention

J’ai d’abord opéré un rapide tour d’horizon de mes activités sur le web en matière de blogs et réseaux sociaux. Je me suis attardé ensuite sur deux blogs/carnets de recherche: le blog zotero francophone et mon site personnel (que vous êtes en train de lire). Ces deux sites, qui utilisent tous deux WordPress (logiciel de référence pour les blogs), montrent deux types très différents d’utilisation des blogs.

Le blog zotero francophone a été créé par Marin Dacos en septembre 2009. Son but est

En conséquence, ce blog suit l’actualité de zotero, recueille des demandes d’aide – souvent difficiles à satisfaire – mais qui permettent de comprendre les barrières à son utilisation (d’où le lancement de CSL francophone, sur une idée de Franziska).

Il compte au 24 octobre 2011 42 billets, 235 commentaires approuvés, et environ 1800 visiteurs par mois, avec certains pics à 2400 visiteurs. Ces statistiques donnent une petite idée de la communauté des utilisateurs francophones de zotero.

Mon site personnel était à l’origine conçu comme une “carte de visite”: un contenu centré sur mes publications et mon CV, avec quelques billets pour des travaux non publiés. Je l’ai également utilisé pour apprendre l’utilisation de WordPress: se servir des “widgets”, fonction utile pour faire du “mashup” – c’est-à-dire combiner des contenus extérieurs avec mes propres publications, bien sûr en citant dûment les sources – et pour s’amuser à faire un peu du “webdesgin”.

Depuis peu – vous pouvez lire les trois billets qui précèdent – j’essaye de ré-orienter ce site avec l’ébauche d’une ligne rédactionnelle autour des historien-nes et des outils informatiques. Il ne s’agit pas – quoique ceci soit contredit par mon billet précédent – de parler de l’informatique au jour-le-jour, mais de parler plutôt des rapports entre histoire et code et historiens et informaticiens.

Je tente enfin d’utiliser de manière approfondie des éléments facilitant l’utilisation d’un blog dans le cadre d’une recherche. En utilisant Zotpress, un plug-in qui me permet de récupérer mes références bibliographiques stockées sur le serveur de zotero, WP-Footnotes qui rend l’utilisation de notes de bas de page très aisée. Et j’envisage d’utiliser CommentPress, qui encouragerait une lecture plus active, avec la possibilité pour les lecteurs d’annoter mes billets. Il s’agit ici de convaincre qu’un blog permet une écriture et une lecture créatives, tout en respectant la méthodologie historienne de l’écriture.

Cette tentative – tentative car tenir un blog n’est pas chose aisée et demande un travail important – de ré-orientation de mon blog doit me servir à creuser des réflexions. Je tiens à utiliser ce blog comme une série de fiches-idées ouverte à une lecture active, féconde. Ceci comporte un risque: on n’est jamais à l’abri d’un mauvais billet, de fautes d’orthographe, d’une publication trop hâtive. J’essaye toujours d’écrire un billet lorsque j’en ai l’idée, puis de le laisser de côté un ou deux jours  - voire plus – et d’y revenir pour le corriger. Maintenir un niveau qualitatif suffisant est difficile.

Cette tentative de réorienter le contenu de mon blog me sert aussi pour un autre point: maîtriser l’outil – ici WordPress – savoir comment il marche. Maîtriser l’outil informatique est chose très sérieuse et doit être pris en compte dans notre méthodologie d’historien.

Ces deux démarches – le blog zotero francophone et mon site personnel – sont très différentes. Toutefois, elles ont quelques points communs: la plateforme (wordpress), la notion de “mashup”, la volonté de partager des idées, des hypothèses. Il s’agit dans les deux cas de clarifier une démarche scientifique: soit par la maîtrise d’un outil (zotero); soit par une mise à jour constante des hypothèses de recherche.

Le reste de mon intervention a été consacré à mon utilisation des réseaux sociaux. J’en ai repris le contenu de l’article écrit pour la Boîte à outils des historiens, que je vous invite à lire.

Discussion

Contrairement à Benoît Kermoal et Martine Sonnet, je n’ai pas pris de notes au cours de leurs interventions. Le mieux est d’aller voir leurs carnets de recherche: Enklask et  Femmes au travail, questions de genre. Ce sont encore deux autres utilisations de blog: Benoît accompagne l’élaboration de sa thèse par l’écriture de son blog. Il voit ses billets comme des brouillons, dont certains iront dans sa thèse et pas d’autres. Martine Sonnet utilise son carnet de recherche pour compléter et enrichir un séminaire. Ce fut le premier constat de notre discussion: les usages des blogs en histoire sont très variés, et c’est tant mieux.

Le second constat qui a été fait – notamment par Martine Sonnet – est que l’année 2010/2011 marque un tournant: les historiens commencent à utiliser Hypothèses.org (la plateforme de carnets de recherche du CLEO) et les réseaux sociaux, notamment twitter – mais les personnes présentes ne semblaient pas être de grands fans de Facebook. Pour preuve: l’excellent compte-rendu “live-twitté” de cette session par Delphine Regnard (@drmlj) et résumé ici. Nous nous sommes interrogés sur les raisons de ce tournant. Pour ma part, je pense – même si je ne l’utilise pas pour ce site personnel, car je préfère dans ce cas précis avoir mon propre serveur – que la mise en route de la plateforme Hypothèse a joué un rôle très important, mais, surtout, qu’elle a répondu à un besoin que le CLEO a su heureusement cerner.

Vous ne pourrez lire mes tweets sur ce séminaire – sauf si vous y êtes autorisés. Voici un thème que nous avons très (trop?) rapidement évoqué. Mes tweets sont “vérouillés” et ne peuvent être vus que par des personnes qui ont demandé (et obtenu) une autorisation que je leur accorde (ou non). Comment, sur les réseaux sociaux, séparer le privé du professionnel – voire séparer plusieurs aspects de sa vie professionnelle? On peut avoir plusieurs comptes, utiliser plusieurs réseaux sociaux distincts… Chacun a sa pratique.

Nous avons également abordé la question du plagiat. De mon point de vue, le web accroît la facilité du plagiat, mais rend sa chasse incroyablement plus rapide. Martine Sonnet – alors que Benoît Kermoal faisait part d’une expérience plus mitigée – a rappelé la nécessité de protester contre tout cas manifeste de plagiat.

Dernier point qui me semble important: l’utilisation des réseaux sociaux permet de sortir des réseaux scientifiques classiques, de prendre contact avec des historiens d’écoles différentes de la sienne, de traverser les frontières disciplinaires plus facilement.

Nous avons parlé devant une salle très attentive, très intéressée. Nous nous sommes adressés – grâce aux tweets de plusieurs personnes – à un public non présent dans la salle, informé de nos propos via Twitter. Une autre pratique très intéressante des réseaux sociaux. Une forme d’ubiquité de cette manifestation scientifique.

(Si ce compte-rendu n’est pas exhaustif, je crois qu’il donne une petite idée de ce dont nous avons discuté. Je n’hésiterai pas à le modifier pour le compléter.)

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Pratique de la lecture sur support informatique

La lecture est essentielle au chercheur. Nous lisons les articles et livres de ceux qui nous ont précédé, de ceux avec qui nous débattons. Nous publions pour être lus. Normalement.

Le travail quotidien de l’historien s’organise en grande partie autour de cet impératif de lecture. Nous avons appris – nous, les chercheurs non-digital natives, n’est-ce pas – à manipuler la fiche bristol. Une fiche par livre. Une fiche par idée. Des mots-clés pour les classer et les retrouver.

Dans le cadre d’une recherche de plus en plus marquée par les avancées de l’informatique, le remplacement de la fiche cartonnée devrait être simple. Mais non. Ce n’est pas simple, car la multitude des plateformes (mac, Windows, Linux), des types de logiciels (base de données, tableur, traitement de textes, logiciel ad-hoc…), des logiciels (une fois que l’on a choisi un type) et désormais du type d’ordinateur (ordinateur de bureau, ordinateur portable, tablette, voire téléphone portable), complique les choix et, surtout, rend toute solution imparfaite. Il s’agit alors de trouver un processus de travail satisfaisant.

Pour bien organiser sa lecture, il faut d’abord faire le bilan de ses propres pratiques. Pour ma part, j’utilise une pluralité de supports informatiques – ordinateur de bureau, ordinateur portable, tablette, téléphone portable – qui, à un degré ou à un autre, peuvent me servir à lire. Je privilégie aujourd’hui plutôt la tablette, adaptée à la lecture sur écran [1]. En conséquence, je privilégie des logiciels et format fonctionnant sur plusieurs plateformes, lisibles sur plusieurs types de terminaux. Cela signifie notamment que, pour un article ou livre au format numérique, je préfère le format PDF, qui est (presque) universel.

Utiliser des logiciels développés pour les chercheurs, qui sont de plus en plus courants, me paraît également pertinent. Toutefois, outre les aspects ergonomiques et les fonctionnalités générales du programme, je regarde également deux choses particulières: la possibilité d’abandonner le programme si son évolution ne me satisfait pas (ou si je change d’avis) d’une part; la possibilité, bien sûr, d’utiliser ce programme sur l’ensemble de mes terminaux. Parce qu’il est libre et développé par des historiens, je privilégie zoteroce qui n’est guère étonnant. Je l’associe à un lecteur PDF permettant l’annotation de mes fichiers que, grâce aux extensions zotfile et zotfile reader, je peux synchroniser mes données entre mon ordinateur principal et mon compte DropBox (donc avec tous mes autres terminaux) [2].

J’ai mis longtemps à trouver ce système. Pendant ma thèse j’ai essayé divers logiciels de bases de données. Mais à l’époque, j’ai eu le malheur de choisir des systèmes fermés. J’ai refusé Endnote, trop cher, pas assez SHS. Alors j’ai basculé toutes mes notes de lecture sous Word. Ce fut très lourd à gérer, mais finalement plus satisfaisant, de mon point de vue de l’époque. Pourquoi faire ainsi? Parce que, finalement, la fonction “recherche” de Word ne me semblait pas trop mauvaise.

Le problème est qu’aujourd’hui, quand je veux réutiliser mes notes des années 1999-2006, je me heurte aux inconvénients de cette solution. Les recherches sur les contenus des fichiers ne sont pas très performantes… et j’ai du mal à retrouver certaines informations. Surtout, tout stocker dans des fichiers Word immenses et utiliser la fonction “rechercher” ne facilite pas la sérendipité. On oublie ce que l’on a trouvé dans les archives. Pas tout, mais en partie – c’est précisément pour cela que l’on prend des notes de nos lectures. Or, utiliser la fonction “rechercher” dans un fichier énormissime implique que l’on se souvienne du contenu des archives lues plusieurs années auparavant. Donc, on réduit la possibilité de retrouver par hasard ou chance (la sérendipité, donc) des notes dont le contenu nous était sorti de la tête.

Aujourd’hui, la solution Zotero/Lecteur PDF/synchronisation sur serveur distant articulée autour d’un ordinateur et d’une tablette me permet une lecture réellement active: annoter directement dans le fichier, lier au fichier des notes externes, relier des notes et des références bibliographiques ensemble, réutiliser ces notes et références bibliographiques dans mes écrits.

Tout ceci demande une première discipline, notamment parce qu’il faut apprendre à maîtriser ces outils. Et l’informatique réserve parfois de mauvais tours. Mais je pense pouvoir dire aujourd’hui que je suis plus efficace qu’il y a cinq ans.

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  1. bien sûr, il m’arrive encore de lire des livres et articles imprimés []
  2. DropBox est un service web qui vous permet de synchroniser des fichiers avec un espace de stockage “dans les nuages”, c’est-à-dire sur un serveur distant. Il existe de nombreux autres services similaires qui sont utilisables, comme box.net par exemple. []

Le temps, l’historien et l’informaticien – pensées éparses (2)

Dans un article de 2003 [1], Robert Frank tente de cerner l’apport des historiens à l’étude plus générale des relations internationales. Le coeur de son raisonnement touche à la grande spécificité de l’histoire par rapport aux autres sciences humaines et sociales: le temps. Le temps – peut être plutôt les traces du passé – est le point de vue, le centre de notre science.

Prenons un simple exemple. Quand commence le XXe siècle? Techniquement, en 1901. Il s’achève en 2000. En fonction de ce que nous étudions et de ce que nous recherchons, nous choisirons cependant d’autres dates pour commencer ce siècle. Chez Hobsbawm, ce siècle des extrêmes est un petit XXe siècle, allant de 1914 à 1991 [2]. En histoire économique, d’autres dates peuvent être choisies. Ainsi, la production d’acier nous incite à nous arrêter sur l’année 1890: les États-Unis, pour la première fois, produisirent plus d’acier que le Royaume Uni. Dans mon petit monde qui touche aux banques centrales et à leurs gouverneurs, le début des années 1920 est déterminant: les banquiers centraux commencent alors, sous la direction de l’Anglais Montagu Norman, à élaborer une doctrine du central banking, rendue nécessaire par la masse inédite d’endettement international provoqué par la Grande Guerre [3].

Mais la complexité du temps va au-delà du simple choix des césures chronologiques. L’écoles des Annales – et tout particulièrement Fernand Braudel et sa Méditerranée [4] – a introduit la notion de temps long, l’une des trois échelles du temps [5]. Les grandes évolutions, mais aussi constantes, de l’histoire humaine ne sont saisissables que par cette notion. Ainsi, en dehors de l’école des Annales, Jean-Baptiste Duroselle a-t-il voulu écrire l’histoire de long terme de l’Europe et, surtout, de ses peuples [6]. Cet ouvrage permet de saisir la très lente émergence de la notion des droits humains, de la Magna Charta de 1215, à la convention européenne des Droits de l’Homme de 1950, en passant par l’Habeas Corpus et par la Déclaration de 1789.

Il reste souvent pertinent, toutefois, de se pencher parfois sur le temps court – voire très court. L’un de mes souvenirs les plus frappants de mes années d’étudiants à l’IEP de Strasbourg est une séance de TD d’histoire des relations internationales portant sur le déclenchement de la Grande Guerre. Ici, s’attarder sur les entrées en guerre d’août 1914, aller dans le détail de la chronologie au jour près, à l’heure près, permet tout particulièrement de comprendre pourquoi la Grande Bretagne est entrée en guerre, changeant radicalement les rapports de force en présence.

Enfin – et ceci nous est rappelé par ceux qui étudient d’autres civilisations que l’Européenne mais également par l’histoire religieuse et l’histoire rurale – le temps n’est pas toujours linéaire. Peut être même ne l’est-il jamais. La vie d’un paysan chrétien – et d’un chrétien de manière générale – est rythmée par plusieurs cycles. Le cycle quotidien est celui des heures sonnées par le clocher de l’Église [7]. Le cycle hebdomadaire est ponctué par le dimanche. Le cycle annuel est marqué par les grandes fêtes chrétiennes. Les quatre testaments – lus à l’église chacun à leur tour au rythme d’un par an – marquent encore un cycle plus long. Et je ne crois pas que cette liste soit exhaustive.

Il est probable que l’on pourrait détailler bien plus avant ce qu’est le temps, notamment en évoquant le rapport entre passé, présent et futur. L’objectif de ce billet n’est pas d’être complet, mais de montrer en quoi ces quelques considérations sur le temps – banalités pour tout historien – sont difficiles à saisir par ceux qui ne sont pas constamment plongés dans le passé et n’ont pas fait de l’histoire leur «métier». Le temps n’est pas chose simple. Mon expérience, de ce point de vue, a souvent été décourageante. Ceci se reflète notamment lors de discussions avec des chercheurs en sciences de l’informatique.

Comme toutes les «sciences dures» – j’utilise ici ce terme malheureux en opposition aux sciences humaines et sociales – il arrive que les sciences informatiques touchent à des questions essentielles qui concernent les SHS, en particulier la philosophie. Mais, pour avancer, les chercheurs en sciences informatiques ont besoin, parfois, de donner une réponse concrète à ces questions. Elles empruntent parfois un champ lexical provenant de la philosophie – c’est ainsi que l’on parle d’ontologie et de web sémantique – tout en donnant à ces termes des sens finalement très concrets.

Dans ces cas là, un échange avec des chercheurs en sciences de l’informatique mène souvent à des récriminations de leur part: force est de constater que nous sommes, non pas compliqués, mais complexes. Que nos recherches sont parfois difficiles à appréhender. Comment intégrer dans un algorithme des temps multiples, malléables en fonction du sujet de recherche de l’historien? Pour ma part, ma réponse est assez simple: en laissant l’utilisateur décider, en lui donnant le pouvoir de créer son / ses propres temps.

L’exemple du temps montre à quel point, lors de projets mêlant historiens (et plus généralement chercheurs en sciences humaines) et informaticiens, un dialogue constant est important, pour dégager les meilleurs moyens de répondre aux besoins des historiens. Mais ce dialogue nécessite l’acquisition d’un vocabulaire commun, notamment par l’intervention d’intermédiaires et, notamment, des historiens-développeurs.

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  1. Frank, R. (2003). Penser historiquement les relations internationales. AFRI, IV, 42-65. Retrieved from http://www.afri-ct.org/Penser-historiquement-les
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  2. Hobsbawm, E. J. (1999). L’age des extrêmes Histoire du court XXe siècle. Complexe, Le Monde Diplomatique.
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  3. Je vous renvoie honteusement au numéro de Histoire, Économie & Société que j’ai coordonné avec Olivier Feiertag et qui sortira sous peu 
    Clavert, F., & Feiertag, O. (n.d.). Les banquiers centraux dans la construction européenne. Histoire, Économie & Société.
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  4. Braudel, F. (1949). La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II. Paris: Colin.
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  5. “La méditerrannée et le monde méditerranéen” de Fernand Braudel. (2007 7). Le Webzine de l’Histoire. Retrieved from http://thucydide.over-blog.net/article-6902714.html
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  6. Duroselle, J. (1990). L’Europe : histoire de ses peuples. [Paris]: Perrin.
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  7. [zotpress item=EMSBDPZ7″ []

Le code et l’historien contemporanéiste – pensées éparses

Je ne code pas. Ou peu. Si jamais on peut considérer qu’écrire un peu de HTML avec une goutte de PHP pas toujours bien maîtrisé signifie que l’on “code”. Pourtant, en tant qu’historien comme en tant que citoyen, je souhaiterais apprendre – je n’ai malheureusement jusqu’ici jamais trouvé le temps.

Pourquoi serait-il utile pour moi, historien, de me lancer dans un apprentissage nouveau, quasiment une nouvelle langue vivante à apprendre? Comme contemporanéiste, je travaille sur un thème – les banquiers centraux – qui requiert de prendre en compte l’ensemble du XXe siècle et quelques années du XXIe. Pour les années les plus récentes, j’ai une source formidable: le web. Mais comment exploiter cette source qui, à l’échelle d’un historien, est potentiellement infinie? Comment appréhender une abondance de sources [1] telle qu’il n’est pas possible humainement de la lire intégralement comme j’ai pu lire quelques centaines de boîtes d’archives pour ma thèse?

En programmant. En codant.

Cette question de l’historien-informaticien n’est pas nouvelle. La plus célèbre phrase des humanités numériques françaises l’évoque: “L’historien de demain sera programmeur ou ne sera plus” [2]. En fait, en France, les premières études utilisant des ordinateurs – on parle alors de mécanographie – datent de la fin des années 1950. Les Annales publient un premier article en 1959 [3], puis un second en 1960 [4]. En clair, les historiens français – même s’ils ne sont pas les premiers en la matière [5] – ont très rapidement utilisé les premiers supercalculateurs arrivés dans l’hexagone. Dans le cas des bâtiments assyriens en Cappadoce, ce sont ceux de la Communauté Européenne de l’Énergie Atomique – CEEA ou Euratom, l’autre Communauté créée par les traités de Rome de 1957 [6]. En effet, Euratom, au contraire de la CEE, est, avec le retour du général De Gaulle au pouvoir, très vite vidé de sa substance. Ses supercalculateurs peuvent ainsi être loués.

L’historien qui utilise un ordinateur est alors confronté à des conditions matérielles qui n’ont rien à voir avec ce que nous connaissons aujourd’hui [7]. Les ordinateurs occupent l’équivalent d’une salle. Il n’existe pas d’interface graphique et l’ordinateur est utilisé grâce à des cartes perforées. Une erreur dans ces cartes peut remettre en cause l’ensemble du traitement “mécanographique”. Et la location de l’ordinateur coûte cher.

Ce que n’a probablement pas prévu Emmanuel Le Roy Ladurie, c’est le développement de l’ordinateur individuel, particulièrement à partir de 1984 – date de la sortie du premier Macintosh et début de l’expansion des interfaces graphiques telles que nous les connaissons aujourd’hui. D’une certaine manière, ces ordinateurs personnels – chers au début, mais dont le prix à décru de manière impressionnante en 25 ans – me semblent avoir à la fois popularisé l’usage des ordinateurs mais retardé la prophétie d’Emmanuel Le Roy Ladurie [8].

En effet, l’utilisation des traitements de texte, tableurs, etc – ces logiciels basiques que nous connaissons relativement bien aujourd’hui – s’est répandue grâce à cette nouvelle génération d’ordinateurs à interface graphique, le Macintosh d’Apple étant assez vite suivi par le logiciel Windows de Microsoft. Certains ont vite saisi en quoi l’utilisation de l’ordinateur transformait, même par l’utilisation d’un traitement de texte simple, l’écriture [9]. Mais cette expansion de l’ordinateur individuel a aussi retardé le recours au développement, au code lui-même, à la programmation. Parce que ces interfaces graphiques en réduisait, dans un premier temps et pour certains types d’usages, l’utilité.

Pour certains types d’usage, mais pas pour tous. Ainsi, dans toutes les disciplines des sciences humaines et sociales qui ont besoin de manipuler les textes, d’en faire ressortir tous les aspects, de les presser comme des citrons pour en tirer le plus d’informations possible, le recours à l’informatique s’est fortement développé. Ce n’est pas pour rien que la Text Encoding Initiative a été fondée en 1987. S’appelant Humanities computing d’abord, puis Digital Humanities ensuite, s’étendant à de plus en plus de disciplines, le mouvement – la transdiscipline? – associant les sciences humaines (et sociales) et l’informatique et le numérique se développe progressivement. Les associations nord-américaines majeures sont créées dans les années 1970 et la grande série des conférences Digital Humanities commence en 1989.

Mais ce courant est resté somme toute – jusque récemment – relativement en marge. Dans les sciences historiques en France, Jean-Pierre Genet parle d’urgence pour la formation informatique des historiens dans les années 1990 [10].

En histoire contemporaine, il n’y avait pas besoin – sauf peut-être les historiens économistes – d’usage très intensif de l’informatique. C’est très pratique lorsque – ce qui fut le cas pour ma thèse – vous travaillez, par exemple, sur l’entre-deux-guerres. Vous avez juste assez d’archives. Pas trop, donc pas besoin de traitement informatique. Mais suffisamment pour pouvoir écrire une thèse substantielle.

Mais cette situation va évoluer. Les “XXièmistes” avancent dans leurs recherches au fur et à mesure de l’ouverture des archives. La fameuse loi des trente ans. Nous dépouillons donc, actuellement, en France, les archives qui touchent la fin des années 1970 et le début des années 1980. Or, internet, le web, ne sont plus, pour leurs débuts, si lointains. Dès que nous aborderons les années 1990, nous devrons faire face à un afflux croissant suivant une courbe – dans un premier temps – exponentielle d’archives numériques, comme le fait si bien remarquer Dan Cohen [11]. Dans le domaine de l’histoire de l’intégration européenne, ne faudra-t-il pas prendre en compte les milliers – probablement les millions – de courriers électroniques vraisemblablement échangés pour la préparation de l’élargissement de l’Union européenne à dix nouveaux pays membres en 2004?

Pour l’exploitation de ces archives, nous devrons apprendre à coder, pour mettre au point les outils informatiques permettant d’exploiter ces archives numériques, trop nombreuses pour faire l’objet d’un traitement strictement humain – et si toutefois ces archives numériques sont conservées. Nous devons apprendre à coder dès maintenant si nous voulons nous préparer à temps. La citation de Le Roy Ladurie n’a jamais été aussi actuelle.

Bien sûr, il est hors de question de laisser l’historien seul face à son ordinateur. Comme nous l’avons dit pour les conclusions de THATCamp Paris, le chercheur ne peut survivre seul dans un environnement numérique – c’est du moins ce qu’il me semble. Nous devrons donc travailler avec des techniciens, avec des corps de métiers qui disposent de savoir-faire que nous n’avons pas. Mais savoir développer des programmes informatiques permet de dialoguer et de travailler avec ces corps de métiers, dialogue qui sera indispensable pour poursuivre nos recherches [12].

En clair, étant donné la profusion d’information dont nous disposons via le web notamment, le code deviendra la clé de la liberté de trouver et d’exploiter l’information – ces sources qui nous sont si chères.

Comme le disait, donc, Jean-Philippe Genet dans les années 1990, la formation informatique des historiens en France et ailleurs reste une urgence. En fait, une question de survie de la discipline, toutefois de cette partie de la discipline qui s’intéresse à notre histoire la plus récente.

Apprendre à coder est l’un de mes objectifs à venir. J’espère ne pas être le seul.

EDIT: Daniel Letouzey a publié quelques pistes pour compléter mon billet. Et bien sûr, il y a la réponse de La Boîte à outils des historiens.

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  1. Sur la notion d’abondance et l’historien:
    Rosenzweig, R. (2003). Scarcity or Abundance? Preserving the Past in a Digital Era. The American Historical Review, 108(3), 735-762. doi:10.1086/529596
    . []
  2. Emmanuel Le Roy Ladurie. (1973–1978). Le territoire de l’historien. Gallimard.
    []
  3. François Furet, & Adeline Daumard. (1959). Méthodes de l’Histoire sociale: les Archives notariales et la Mécanographie. Annales ESC, 14(4), 676-693. Retrieved from http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1959_num_14_4_2865?luceneQuery=%28%28%2B%28fran%C3%A7ois%29+%2B%28furet%29+%2B%28m%C3%A9canographie%29%29+AND+%28+%2Baccess_right%3A%28free%29+%29%29+AND+%28indexable_type%3Aarticlepag%3F%29&words=fran%C3%A7ois&words=furet&words=m%C3%A9canographie&words=free&words=articlepag
    []
  4. Paul Garelli, & Jean-Claude Gardin. (1961). Étude par ordinateurs des établissements assyriens en Cappadoce. Annales ESC, 16(5), 837-876. Retrieved from http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1961_num_16_5_420758?luceneQuery=%28%28%2B%28cappadoce%29+%2B%28ordinateurs%29%29+AND+%28+%2Baccess_right%3A%28free%29+%29%29+AND+%28indexable_type%3Aarticlepag%3F%29&words=cappadoce&words=ordinateurs&words=free&words=articlepag
    []
  5. cf. la notice biographique du Père Roberto Busa sur Wikipedia []
  6. Voir La création de la CEE et de l’Euratom []
  7. Nous nous fondons ici sur une intervention entendue il y a fort longtemps et espérons ne pas trahir les propos à l’époque tenus par l’auteur: Éric Castex, “Présentation du rapport entre l’informatique et les historiens au cours des dernières décennies”, Introduction des Journées Doctorales de Paris I, Des outils informatiques dans la Recherche, décembre 1999. []
  8. Je suis ici dans le pur domaine spéculatif – mes propos sont fondés sur des impressions et non sur une étude solide []
  9. Relisez le Pendule de Foucault d’Umberto Eco []
  10. Genet, J.-P. (1993). La formation informatique des historiens en France: une urgence. Mémoire vive, (9).
    []
  11. Daniel Cohen. (2004). History and the Second Decade of the Web. Rethining History, 8(2), 293-301. Retrieved from http://chnm.gmu.edu/resources/essays/essay.php?id=34
    []
  12. Vous pouvez consulter les écrits de William J. Turkel sur le sujet de l’historien-programmeur
    Turkel, W. J., & MacEachern, A. (n.d.). The Programming historian. Retrieved September 51, 2008, from http://niche.uwo.ca/programming-historian/index.php/Main_Page
    []

Schacht, Darré, Göring, Ley: Versuch einer funktionalistischen Analyse

Voici un texte, non publié, qui a été préparé pour un séminaire à l’Université de Sarre. Le début est reproduit ici, la suite est disponible en PDF.

Seit den siebziger Jahren sind die französischen Historiker „agnostisch1“, das heißt, dass die meisten keine Stellung zu den deutschen Debatten zwischen Funktionalisten und Intentionalisten bezogen haben. Noch im Jahr 2000 wollte zum Beispiel Pierre AYÇOBERRY, in einem Artikel kein Urteil fällen. Er meinte nur, dass die Historiker diese Debatte zu Ende führen müssten 2 . In einem anderen Artikel, auch aus dem Jahr 2000, beschrieb Édouard HUSSON den Historikerstreit und demonstrierte, dass es eine Änderung des Paradigma in der Nazismusforschung gegeben habe, ohne aber genau Stellung zu beziehen 3 . Deswegen ist es für einen französischen Doktoranden nicht einfach, den Funktionalismus oder den
Intentionalismus zu erörtern.

Aber nach einigen Jahren Arbeit über Schacht, war die Verbindung zwischen einer Biographie Schachts und eine funktionalistischen Analyse naheliegend und das aus zwei Gründen. Der erste Grund betrifft das biografische Genre. In seinem Artikel, Die Illusion der Biographie (1986), schrieb der Soziologe BOURDIEU, dass eine Biographie auf dem falschen Postulat eines rückblickenden Zusammenhangs des Lebens einer Person beruht, weil die Biographie die Strukturen, in denen die Person sich bewegt(e), ignoriert 4 . Um diese Gefahr zu meiden, dient gerade ein funktionalistischer Ansatz dazu, die historisch betrachtete Person in einen ausgedehnten Rahmen zu stellen. Der zweite Grund liegt in der günstigen Quellenlage, die uns ermöglicht, den Streit zwischen Schacht und den hohen Mitgliedern der NSDAP gut und detailliert zu verfolgen und daher einen funktionalistischen Ansatz erlaubt.

In meinem Referat, werde ich über die Zeit von Sommer 1935 bis zu Schachts Rücktritt im November 1937 sprechen. Das betrifft zwei Auseinandersetzungen. Der erste Streit ist sehr bekannt und dreht sich um die Macht Görings im deutschen Wirtschaftsleben, als die deutsche Wirtschaft eine sehr ernste Versorgungskrise erlebte. Zu diesem Thema, können Sie zum Beispiel das Buch Autarkiepolitik im Dritten Reich von Dieter PETZINA lesen 5 . Der zweite Streit ist ein bisschen weniger bekannt, und betrifft die Leitung des deutschen Handwerks. Nach der Beschreibung dieser zwei Auseinandersetzungen, werde ich eine funktionalistische Analyse versuchen.

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Bibliographie indicative

Kershaw, I. (Ed.). (1989). Der NS-Staat : Geschichtsinterpretationen und Kontroversen im Überblick. Reinbek bei Hamburg: Rowolt.
Bourdieu, P. (1986). L’illusion biographique. Actes de la recherche en sciences sociales, 62-63(62-63), 69-72.
Broszat, M. (2000). Der Staat Hitlers. Grundlegung und Entwicklung seiner inneren Verfassung. Deutscher Taschenbuch Verlag.
Husson, É. (2000). La recherche scientifique sur le national-socialisme dans les deux dernières décennies: un «changement de paradigme». Revue d’Allemagne et des pays de langue allemande, 32(3), 451-466.
Kershaw, I. (1997). Qu’est-ce que le nazisme? Problèmes et perspectives d'interprétation. Folio Histoire.
Martens, S. (1985). Hermann Göring. “Erster Paladin des Führers” und “Zweiter Mann im Reich.” Schöningh.
Maser, W. (2000). Hermann Göring. Hitlers janusköpfiger Paladin. Die politische Biographie. Quintessenz Verlag.
Murawiec, L. (1999). Le Mémorandum sur les tâches d’un plan de quatre ans d'Adolf Hitler. Vingtième Siècle, (62), 85-105.
Petzina, D. (1968). Autarkiepolitik im Dritten Reich. Der nationalsozialistische Vierjahresplan. dva.
Ayçoberry, P. (1998). La société allemande sous le IIIe Reich : 1933-1945.
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Indications bibliographiques concernant Hjalmar Schacht

Voici quelques indications bibliographiques concernant Hjalmar Schacht. Rien d’exhaustif, ce ne sont que quelques pistes.

Ouvrages de Schacht

Schacht, H. (1937). Germany’s Colonial Demands. Foreign Affairs, 15(2), 223-234. Retrieved from http://www.jstor.org/stable/20028761
Schacht, H. (1952). The Schacht Report. Far Eastern Survey, 21(5), 46-52. Retrieved from http://www.jstor.org/stable/3024055
Schacht, H. (1934). German Trade and German Debts. Foreign Affairs, 13(1), 1-5. Retrieved from http://www.jstor.org/stable/20030637
Schacht, H. (1949 2). Deutschland und der Truman-Plan. Die Zeit. Retrieved from http://www.zeit.de/1949/08/Deutschland-und-der-Truman-Plan
Schacht, H. (1926). Die Reichsgesetzgebung.
Schacht, H. (1929). Pariser Sachtverständigenkonferenz.
Schacht, H. (1927). Stabilisierung der Mark. Deutsche Verlagsanstalt.
Schacht, H. (1900). Der theoretische Gehalt des englischen Merkantilismus. Druck von Mann.
Schacht, H. (1950). Seul contre Hitler. nrf - Gallimard.
Schacht, H. (1938). Ansprache des Reichsbankpräsidenten. Drückerei des Reichsbank.
Schacht, H. (1949). Mehr Geld, mehr Kapital, mehr Arbeit.
Schacht, H. (1949). Account settled.
Schacht, H. (1964). Money and Currency.
Schacht, H. (1933). Interest or dividend. Reichsbank.
Schacht, H. (1934). Internationale Schulden- und Kreditproblem.
Schacht, H. (1929). New colonial policy.
Schacht, H. (1953). 76 Jahre meines Lebens. Kindler und Schiermeyer Verlag.
Schacht, H. (1970). Politik der Deutschen Bundesbank.
Schacht, H. (1957). Kapitalmarktpolitik.
Schacht, H. (1931). Das Ende der Reparationen. G. Stalling.
Schacht, H. (1935). Deutschland in die Weltwirschaft.
Schacht, H. (1937). Schacht in seinen “Aüsserungen.”
Schacht, H. (1930). Hjalmar Schacht Pamphlets.
Schacht, H. (1932). Grundsätze deutscher Wirtschaftspolitik. G. Stalling.
Schacht, H. (1933). Wie eine Demokratie stirbt.
Schacht, H. (1934). Hjalmar Schacht Nationale Kreditwirtschaft. P. Steegmann.
Schacht, H. (1956). Kreditpolitik und Exportfinanzierung von Morgen.
Schacht, H. (1966). Magie des Geldes. Schwund oder Bestand der Mark.
Schacht, H. (1960). Schluss mit der Inflation.
Schacht, H. (1912). Einrichtung, Betrieb und Volkswirtschaftliche Bedeutung der Grossbanken.

Quelques ouvrages sur Schacht

Clavert, F. (2009). Hjalmar Schacht, financier et diplomate: 1930-1950. PIE - Peter Lang, Bruxelles.
Beck, E. R. (1955). Verdict on Schacht, a study in the problem of political guilt. Florida State University.
Bopp, K. R. (1939). Hjalmar Schacht central banker. University of Missouri.
Bodensieck, H., & Hauser, O. (1984). Preussen, Deutschland und der Westen. Auseinandersetzungen und Beziehungen seit 1789.
Bertrand, H. (1939). Le docteur Schacht. nrf gallimard.
Broszat, M. (2000). Der Staat Hitlers. Grundlegung und Entwicklung seiner inneren Verfassung. Deutscher Taschenbuch Verlag.
Casamayor. (1985). Nuremberg. 1945. La guerre en procès. Stock.
Dengg, S. (1986). Deutschlands Austritt aus dem Völkerbund und Schachts “Neuer Plan” : zum Verhältnis von Aussen- und Aussenwirtschaftspolitik in der Übergangsphase von der Weimarer Republik zum Dritten Reich (1929-1934). Frankfurt am Main: PIE-Peter Lang.
Eicke, R. (1939). Warum Aussenhandel ? Von Rudolf Eicke, mit einem Geleitwort von Hjalmar Schacht. Verlag für Sozialpolitik, Wirtschaft und Statistik.
Fischer, A. (1995). Hjalmar Schacht und Deutschlands « Judenfrage » : der « Wirtschaftsdiktator » und die Vertreibung der Juden aus der deutschen Wirtschaft. Böhlau.
Freymond, J. (n.d.). Les industriels allemands de l’acier et le bassin lorrain (1940-1942). Revue d’histoire moderne et contemporaine, Tome XIX, 27-44.
James, H. D. (1987). Schacht’s attempted defection form Hitler's Germany. Historical Journal, 30(3), 729-733.
Kopper, C. (2006). Hjalmar Schacht. Aufstieg und Fall von Hitlers mächtigstem Bankier. München: Hanser Wirtschaft.
Lenz, F. (1954). Zauber um Dr. Schacht.
Maier, F. K. (1947). Ist Schacht ein Verbrecher ? Verlag die Zukunft Reutlingen.
Mühlen, N. (1938). Der Zauberer. Leben und Anleihen des Dr Hjalmar Horace Greeley Schacht. Europa.
Müller, H. (1973). Die Zentralbank, eine Nebenregierung: Reichsbankpräsident Hjalmar Schacht als Politiker der Weimarer Republik. Westdeutscher Verlag.
Pentzlin, H. (1980). Hjalmar Schacht : Leben u. Wirken e. umstrittenen Persönlichkeit. Ullstein.
Peterson, E. N. (1954). Hjalmar Schacht, for and against Hitler. Christopher.
Reichsbank. (1937). Schacht in der Karikatur. Im Auftrage des Reichsbankdirektoriums zusammengestellt in der Volkswirtschaftlichen und Statistischen Abt. der Reichsbank. Berlin,: Druckerei der Reichsbank.
Reuter, F. (1937). Schacht. R. Kittler.
Saint-Jean, M. de. (1936). La politique économique et financière du Dr. Schacht. Société Fran\c caise d’imprimerie et de librairie.
Rudloff, M. P. (1960). Schacht, financier. Revue de science financière, 73-104.
Simpson, A. E. (1969). Hjalmar Schacht in perspective. Mouton.
Scholtysek, J. (1999). Hjalmar Schacht: opportunistischer Weltgänger. Bankhistorisches Archiv, (25), 38s.
Vogel, R. (1977). Ein stempel hat gefehlt. Dokumente zur Emigration deutscher Juden. Droemer Knaur.
Ten Cate, J. H. (1987). Hjalmar Schacht als Reparationspolitiker (1926-1930). Vierteljahrschrift für Sozial- und Wirtschaftgeschichte, 74(74), 186-228.
Zumpe, L. (1982). Arbeitsbeschaffung und Arbeitslosigkeit (1933-1935). Kritische Bemerkungen zu eines Schacht Biographie. Jahrbuch für Wirtschaftsgeschichte, (2), 121s.
Wilmots, A. (2001). Hjalmar Schacht (1877-1970). Grand argentier d’Hitler. Le Cri.
Weitz, J. (1997). Hitler’s banker Hjalmar Horace Greeley Schacht. Little, Brown and Company.
Vogt, M. (1970). Die Entstehung des Young Plans dargestellt vom Reichsarchiv 1931-1933. Harald Boldt Verlag.

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Contre l’Europe?

“Contre l’Europe? Antieuropéanisme, euroscepticisme et altereuropéanisme dans la construction européenne de 1945 à nos jours” a été le programme junior de la Maison Interuniversitaire des Sciences de l’Homme – Alsace, sélectionné en 2008 et achevé en 2010. Le descriptif du programme peut être trouvé à cette adresse et ses soutiens à celle-là. En voici un résumé rapide:

Fondé sur une approche interdisciplinaire, le projet de recherche “Contre l’Europe? Antieuropéanisme, euroscepticisme et altereuropéanisme dans la construction européenne depuis 1945″ vise à mieux connaître les phénomènes de refus, de résistance et d’opposition à la construction européenne sur le long terme, de 1945 à nos jours. En croisant les méthodes spécifiques aux historiens, aux sociologues, aux politistes, aux juristes et aux géographes, venant de plusieurs pays européens, il s’agira d’analyser les raisons des oppositions à l’Europe, d’en décrypter les finalités, de mettre au jour les temps forts de ces résistances et de faire apparaître les changements progressifs de leur nature. Pour autant, la complexité des dynamiques d’opposition ne saurait être escamotée. Aussi le projet s’attachera-t-il à dégager les particularités des oppositions en fonction des acteurs, des espaces et des périodes. Les diverses formes de résistance seront également replacées dans le cadre des spécificités nationales et envisagées par rapport aux évolutions des relations internationales et au degré de développement des institutions européennes. En définitive, ce programme vise à établir une sorte de panorama raisonné des oppositions à l’Europe communautaire depuis 1945, de façon à en dégager les lignes de force, les articulations et les grandes évolutions.

Le premier volume co-dirigé par Birte Wassenberg, Philippe Hamman – tous deux de l’Université de Strasbourg – et moi-même (CVCE) est sorti au mois de décembre:

Wassenberg, B., Clavert, F., Hamman, P, Contre l’Europe? Anti-européisme, euroscepticisme et alter-européisme dans la construction européenne de 1945 à nos jours (Volume I): les concepts, Stutgartt, Franz Steiner Verlag, 2010.

Outre la co-direction, j’ai écrit l’un des chapitres de ce volume, sur les “Oppositions à l’euro” dont voici le résumé en anglais, tel qu’il figure dans le livre:

Since its creation, the Euro has been an object of doubt concerning its long term sustainability. What would happen in case of asymmetrical shock? The policy and, consequently, the autonomy of the ECB should not be called into question? These anxieties remind us that the Euro had already passed through several confidence crises. Immediately after its launching, the fall of the common currency below Euro-Dollar parity caused the first one. Its rebound to very high levels produced the second one, starting in 2005. It appears to us that nowadays these doubts concerning the common currency articulate three types of recriminations against the common currency: objections issued by certain Europeanists, skepticism of a lot of economists and, finally, political opposition and resistance to the Euro. Without exception, especially among the German left, this opposition to the Euro appears to us as the expression of a wider resistance, of diverse nature, to the European integration process, as being realized nowadays. It is the case of Europeanists, who, hostile towards a common currency, would have preferred either a deeper economic integration before any currency association, or a less technocratic and instead maybe a more spiritual kind of integration. Most of the economists whose discourse was analyzed here, base their skepticism on a lack of political unity. This way, they envisage, with certain unanimity, that the establishment of a currency should match a political structure and preferably a state. Finally, the mostly political contestations are essentially based either on the fear of a European State or on the fear of calling national identity into question. Could this resistance to the common currency on the long run call the Euro into question in a more dangerous way than the hypothesis of an asymmetrical shock?

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Cultures nationales et identité communautaire. Un défi pour l’Europe?

Cultures nationales et identité monétaire

(c) Peter Lang

Grace aux bons soins de Marloes Beers et Jenny Raflik, Peter Lang a tout récemment publié les actes du colloque de Cergy-Pontoise de décembre 2009 sur le sujet “Cultures nationales et identité communautaire. Un défi pour l’Europe?”

Dans ce livre, ma contribution interroge la notion d’identité monétaire européenne: « Existe-t-il une identité monétaire européenne? »

Voici son paragraphe final:

Pour  surmonter  les  difficultés  liées  aux  grandes  divergences  sur  le contenu  des  politiques  monétaires,  sur  les  valeurs  sur  lesquelles  ces politiques  doivent  reposer,  il  a  fallu  largement  minorer  la  partie  politique de l’UEM, au prix d’une perte de substance identitaire et au bénéfice  de  la  vision  technicienne  des  banquiers  centraux  européens.  En conséquence,  il  existe  un  décalage  entre  les  peuples  –  ou  du  moins certaines  composantes  de  ces  peuples  –  et  leur  monnaie  dans  la  zone euro. Ce décalage, qui n’est pas propre à la monnaie, est relayé par une partie  des  élites,  comme  le  montrent  les  critiques  répétées  de  Nicolas Sarkozy contre la Banque centrale européenne. Ces attaques montrent que l’articulation entre les traditions monétaires nationales et l’« identité monétaire européenne » n’est pas encore achevée. Finalement, l’identité monétaire  européenne  est  à  l’image  de  l’identité  européenne  dans  un sens plus large, que Bronislaw Geremek décrivait comme un « travail de tous les jours ».

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